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Dark Clouds



Photo ©MissPeg de Twin Dragons - Koizumi Junsaku - Temple Kennin-ji Kyoto
Pochette titre "Dark Clouds" - Miss Peg

Chaque chanson a son histoire mais celle-ci est alchimique dans la transformation des tempêtes de la vie en création artistique.

 

Alors que je devais partir au Japon pour un Aikido practice de 3 semaines avec mon maître, mon père a frôlé la mort. Et cela environ un an après le décès brutal de ma mère. 


Le jour du départ des aïkidoka sans moi (nous étions 4 prévus pour ce voyage), je passe au domicile de mon maître Thierry, pour leur souhaiter bon voyage.

 

Difficile à cet instant de retenir mes larmes. Celles de Jane, la compagne de Thierry, rejoignent les miennes et je lui confie ne pas être wonderwoman


Elle garde cette phrase comme point de départ d'un texte qu'elle m'écrit spontanément, celui qui deviendrait paroles de la chanson : "Dark Clouds". Après y avoir ajouté la dernière phrase "Everything is perfect", je décide de le mettre en musique et l'enregistrer pendant que nos aïkidoka pratiquaient de l'autre côté du monde, et que nous vivions ici les tempêtes extérieures et intérieures. 


Je reste forte pour mon père, car je suis fille unique, la seule personne à pouvoir gérer tout ce qui arrive aux deux derniers membres de notre famille.


Ces trois semaines de tempêtes furent la plus dure épreuve de ma vie après le décès de ma mère, et j'ai compris que la pratique de l'Aikido s'étendait bien au-delà des tatami. On peut trembler, on peut manquer de perdre l'équilibre, mais si l'ancrage est puissant et que nous acceptons de recevoir l'énergie qui nous est proposée, on reste sur ses pieds et on continue d'avancer. 

Déposer les armes qui blessent davantage que les événements et les larmes dans l'océan. 

Le cœur sait que tout est juste et parfait. 


Alors que Marie m'avait confié avoir trouvé son nom de danseuse "Carmen Guillaume" (combinaison du prénom de sa grand-mère et du prénom de son cousin décédé récemment), je lui propose de danser ce morceau, ne sachant pas encore où cela se ferait, comment, avec qui et pourquoi. Mais a-t-on besoin de tout savoir ?

 

Non, mais il est important que vous sachiez qui est Marie et vous en dire un peu plus sur notre rencontre.


Elle s'est faite sur l'île de Noirmoutier au cours d'une battle involontaire de soirées d'anniversaires où nous avions invité des amis communs et dont certains d'entre eux répondaient avoir déjà été invités autre part. Eh oui, nous étions toutes deux nées un 3 janvier. Le fait d'être des bébés de début d'année nous avait rarement conduites à organiser une birthday party, quand tout le monde se remet à peine de l'enchainement des festivités. Mais cette année là, il y a 3 ans, l'envie nous pique chacune de notre côté, de le faire. C'est ainsi que les jumelles se sont retrouvées lors d'une seconde fête réunissant les invités des 2 soirées, nous permettant de découvrir lors de nos premiers échanges face à face, qu'en plus du jour et du mois, l'année de naissance 1978, était aussi commune.


Alors, qui mieux que ma jumelle, pouvait incarner la fille dont parle la chanson ? Qui mieux que Carmen Guillaume pouvait se livrer avec audace, pieds nus dans l'océan déchainé de la vie ?


Qu'elle me dise un grand oui sans hésiter à l'invitation de danser "Dark Clouds", a fait naître l'envie de tourner ce film en étant à un autre poste, que celui de chanteuse. Un poste que j'affectionne tout autant. Être derrière la caméra, et suivre le vent des mouvements qui s'imposent. Comme la vie et ses ruptures, ses rythmes induits par la danse imprévue des événements, que ma sœur de cœur retranscrit parfaitement.


À cette danse puissante m’est venue l’idée d’ajouter en parallèle, une autre chorégraphie. Celle d'un kata d’Aïkido au bo (long bâton en bois), porté par Jean-Luc, pratiquant de la discipline depuis plusieurs décennies. Je lui demande s’il veut bien se prêter au jeu de mon histoire, en tenue traditionnelle, gi et hakama. Il hésite un peu, car sa pratique se fait moins régulière depuis quelques temps et craint de ne pas honorer cet art ancestral avec toute l’humilité et le respect qui le caractérise. 

Après l’avoir rassuré sur le déroulé du tournage, l'absence total de jugement et surtout, ma confiance absolue dans sa maîtrise de la pratique, il accepte. Merveilleux ! 


Détail important, Jean-Luc était présent au moment de l’au revoir à mon maître, avant décollage pour le Japon. Jean-Luc et Thierry sont amis de longue date et de pratique de cet art martial.


Les idées commencent à s’empiler comme des petits cubes colorés pour former avec une certaine magie, le scénario jamais écrit, de ce clip aussi imprévu que les événements survenus.


Mon imagination voit apparaitre de part et d’autre du chemin menant vers la plage repérée où nous tournerions la danse de Carmen, deux prêtresses shinto portant les kimono ramenés d’un précédent voyage au pays nippon. L’évidence me frappe à nouveau de demander à Jane et Lo, la compagne de Jean-Luc, d’incarner ces figures évanescentes telles des gardiennes bienveillantes du chemin de vie. Elles acceptent. Magnifique !

Je vois comme si le film était déjà là, l’ambiance que je souhaite capturer et m’en remets aux éléments pour donner la couleur des décors.


Le seul jour disponible de Carmen était le dimanche. le prochain se trouvait être le 3 décembre à un mois pile de notre anniversaire commun. Parfait ! Carmen me confie ne pas avoir peur de la pluie ni de la tempête potentielle prévue ce jour là, malgré le fait qu’elle porterait un simple académique noir, ni étanche, ni chaud.

Le froid et la force des éléments qui peuvent se déchainer sur les plages noirmoutrines en hiver, ne l'effrayaient pas, bien au contraire. Ils seraient porteurs de sa danse tout comme la musique, qu’elle découvrirait le jour J.


Je propose aux autres acteurs du film ce même jour de tournage, mais le temps se révèle un peu trop déchainé pour jouer leur personnage. Ils viennent cependant assister à la danse improvisée de Carmen et saluent son courage bras et pieds nus dans les bourrasques du jour.

Ils voient ainsi un peu plus clairement, l’intention de tournage qui se veut libre et non conventionnelle.


La seule indication que Carmen reçut, fut : "Trace ton chemin au rythme où tu veux, en direction de l’océan pour y déposer tes larmes ". Sa chevelure grise lâchée dans le vent, se fond avec le ciel nuageux et peint un tableau vivant que Jane, notre autrice, future prêtresse mais aussi peintre de talent, aurait pu créer sur une de ses toiles. Grâce à des éléments trouvés sur la plage, des sensations ressenties à travers la musique et ma voix, Carmen a dansé. Elle s'est mouillée au sens propre comme figuré car la chanson la guidait dans ce sens. Elle manqua de tomber à plusieurs reprises mais trouva injustifié de chuter sur la plage ou dans l’eau.

Non, elle ne devait pas tomber.

Continuer d’avancer quelque soit la force des éléments, car ils lui donnaient aussi la force de marcher, courir et transcender ses peines et ses peurs.


La semaine suivante nous offre un ciel typique noirmoutrin, bleu avec quelques nuages épars. Il donnerait une profondeur de champ exceptionnelle à nos protagonistes du jour, sur cette même plage magnifique et désertique de Barbâtre. 

Nous nous donnons rdv à la même heure que le dimanche précédent, afin d’avoir, un soleil pleine face, devant la cellule de la caméra numéro 1, pendant que Jean-Luc évoluerait au loin dans sa tenue noire et blanche.

La caméra numéro 2 quant à elle, tenue par Jun Violet, mon compagnon de vie et nouvellement d’aventure artistique, capturerait à vitesse réelle ou bien au ralenti, de plus près, tous les mouvements de notre aikidoka.


Le dérush se révèle aussi enthousiasmant que tout ce que chaque acteur a offert généreusement.

Les ambiances des plans réalisés par les deux caméras sont magiques et intenses. Les images ne dévoilent que rarement les visages afin de conserver l’entièreté des mouvements, les détails importants et le paysage que regarde Carmen.

Il n’y eut que 3 plans séquence tournés chacun sur les 4 minutes de la chanson, pour ne pas altérer la spontanéité créative de Carmen et qu’elle n’attrape pas de pneumonie, injuste récompense de ce travail à fleur de peau fourni.


Le montage en parallèle des deux personnages s’est révélé évident. Une trame à deux faces, celle de la vie bousculante et incertaine, et celle de la pratique d’une discipline également philosophie, offrant aux plus assidus, l’ancrage nécessaire à se mouvoir sereinement dans les aléas de la destinée.


Les présences de Jane et Lo, telles des apparitions bienveillantes sur le chemin de Carmen, parlent de la foi inconditionnelle logée au cœur de la justesse de nos routes sur lesquelles nous sommes accompagnés. 

Nous ne sommes pas seuls dans l’adversité même si le mental défaitiste nous parle du contraire. Le vaste monde de l’invisible veille, nous aiguille, nous protège, tout cela de façon subtile et à la condition de voir.

Il ne s’agit pas de religion, de croyance ou toute autre dérive de notre monde contrôlant, contrôlé. Il s’agit de vibrer et se laisser guider en acceptant de ne pas tout comprendre, tout en ressentant totalement autour et dedans.

La vie parle, chuchote ou crie, libre à toi d’écouter ou d'ignorer. 


Pour moi, que ce soit de la naissance jusqu'à la finalisation de ce projet, il est magique dans la réunion de ses acteurs, sincère dans l'exécution de chaque geste devant et derrière les caméras, et j'espère qu'il voyagera dans le cœur des gens, pour réveiller tout le courage et la force cachée dans nos plus grandes épreuves.





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